Reflection Canyon

Les rangers, c’est comme les médecins: si tu as un doute sur son diagnostic, tu vas en voir un autre!
Quand je m’étais renseigné à Kanab hier, on m’avait clairement encouragé à renoncer à mon épopée jusque Reflection Canyon. Pour avoir un deuxième avis, je me suis arrêté au Visitor Center d’Escalante… pour apprendre que la Hole in the Rock aurait bien séché ces derniers jours, et en plus elle a été nivelée jusque Hurricane Wash il y a 5 jours. Le gars m’avertit quand même qu’au-delà c’est “Conditions Unknown” et que nous n’avons aucune garantie d’atteindre le trailhead… mouais: un challenge! J’aime ça!

Et vlan, on ressort les plans A sur la table du Circle-D, on charge les cartes topos, on prépare le backpack pour le bivouac à Reflection Canyon… combien de litres d’eau? 4? 6? Il va faire beau, et une mule comme moi çà consomme pas mal; allez: 6!

Départ à 6:30: et après un stop à Devil’s Garden pour l’heure dorée, j’avale les 38 miles restantes de la Hole in the Rock. Si celle-ci est très roulante (40mph avec des pointes à 50mph) au début

il convient de ralentir la cadence pour les 15 derniers miles; puis rouler au pas les 5 derniers miles.

10:00: je suis au trailhead. Enfin pas vraiment car les coordonnées que j’avais notées me feraient démarrer le trail trop bas – par la voie compliquée… je préfère attaquer la rando sur le plateau au pied des montagnes. J’attaque au cap, mais rapidement je remarque une clôture à bétail. Heureusement, un passage permet de la passer. A partir de là, je tombe sur un sentier assez marqué. C’est pas peu dire, c’est quand même plus confortable d’avancer sans se poser trop de questions, et de ne pas devoir sortir les GPS toutes les 30 secondes.

Après 4 km, je perds ce sentier… pas de problème, il suffit d’utiliser les Navajo Mountains comme repère visuel :

C’est par là !

Je ne tarderai pas à me rendre compte qu’il y plusieurs chemins en fait. Aucun n’est bon, aucun n’est mauvais… ils vont tous dans la même direction, avec des stratégies diverses pour contourner les canyons.

Après 10km, j’atteins la partie de slickrock :
..et là l’orientation se complique: plus de chemin évidemment, et la précision des cartes topo qui m’induit plusieurs fois en erreur.
Nouvelle erreur sur la fin, où la vue du lac Powel me fait avancer trop au sud. Et dans ce pays de collines de pierre bien pentues, chaque erreur se paie cash…

14:30 : j’arrive sur site en ayant parcouru 13,5km. Malgré l’heure, une partie de Reflection Canyon est déjà dans l’ombre

Je m’installe dans ma chambre avec vue, et il ne me reste plus qu’à savourer le moment

Je me suis longtemps demandé si d’autres viendraient aujourd’hui… et non, il n’y a que moi… et le spectacle

Il n’y a pas plus paisible comme endroit pour passer la nuit!

Quand le réveil sonne à 6h00, je n’en crois pas mes yeux : le ciel est complètement dégagé !! Je dois encore attendre une bonne heure pour que l’heure bleue s’installe confortablement, et c’est parti pour 45 minutes d’immense plaisir photographique et visuel…

Qu’est ce que je donnerais pas pour des moments comme ça !

Le temps de ranger le campement, dernier coup d’œil sur le canyon à 8h30 et on relance la machine à avancer. La première heure et demie est rude : je garde un œil permanent sur mon gps pour ne pas refaire les mêmes erreurs qu’hier. Alternant slickrock, et ce que je qualifierai de « zombie brainrock » (mais si, tu vois : c’est comme si on avait tapé avec une grosse masse dans du brainrock), ça monte, ça descend, ça monte surtout.

C’est un soulagement d’arriver sur le « plat », et un sol plus meuble après 3,5km. Dans la tête, tu te dis que le plus dur est fait, et que le reste est une partie de plaisir… tu parles… j’avance au pas, des minutes durant. Et quand je me dis : « oh on doit bien avoir fait 6-7km maintenant » et que le verdict du GPS m’annonce 4,4km, c’est comme un coup de massue. Le calvaire ne fait que commencer : les minutes paraissent des heures, et chaque centaine de mètres parcourue vaut un kilomètre d’épuisement. Je cravache pour tenir 45 minutes entre les pauses. Ce n’est qu’en apercevant la voiture au loin que je reprends du poil de la bête.
Je l’atteinds peu avant 13h30 ; au bout de 12,9 pénibles kilomètres

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